Dans la tempête, une histoire d’autorité

En tant que personne neuro-atypique, il vous est sûrement déjà arrivé que l’on vous reproche de prendre trop de place, de prendre toute la place, voir même d’avoir “mouché” l’autre.

C’est ce qui  m’est arrivé et, pour une fois, plutôt que de m’effondrer ou me soumettre, je suis allé y voir.

Je suis entré dans la caverne d’Ali Baba et j’y ai découvert des trésors, dont un va faire l’objet de cet article. Cela a débuté par une bonne tempête.

Palais Fédéral Suisse,
vue sud

Le plaisir de partager mes recherches

Voilà des mois, des années que j’éprouve, puis utilise ce matériel pour conceptualiser des notions autour des développements, qu’ils soient moteurs, socio-affectifs, cognitifs ou somatiques, toujours en lien avec le fonctionnement atypique. L’idée est de nourrir ma réflexion par des va-et-vient entre ce qui se passe en moi et les recherches qui existent déjà. De ces aller-retours est en train de naître une solidité intérieure avec une capacité à interroger mes compétences sociales…

Quand la tempête se déclenche

Tout personne qui vit s’expose à des tempêtes. J’entends par tempête ces moments où vous vous trouvez balloté à hue et à dia par des émotions, des sentiments, des mouvements physiques, des douleurs somatiques  et/ou au contraire ces états de “sidération”, de no mans land, dans lesquels vous éprouvez un vide intersidéral, coupé de votre puissance même de penser.

Wouah… et bien, cela m’est arrivé dernièrement. J’avoue, je me suis retrouvé comme une coquille de noix traversé de mouvements physiques incontrôlables, claquant des dents, tremblant de la tête aux pieds. L’idée que ma dernière heure était arrivée m’a même traversé l’esprit; il faut dire que j’avais la sensation de m’être fait sauter à la gorge par un “prédateur” qui allait littéralement  me broyer la trachée.

Je ne sais pas dans quelle mesure cela fut perceptible de l’extérieur, de l’intérieur dans tous les cas, cela ne pouvait passer inaperçu.

Dans la tempête

Sur le moment, stupéfait face à ce qui m’arrivait,

  • Ma première pensée fut : Chouette, pour une fois je ne suis pas figé…..
  • Ma deuxième réflexion fut : Là il va falloir que je me défende car je me fais attaquer….
  • La troisième fut : Bon “sang”, qu’est ce qui est en train de se jouer….
  • La quatrième : Attends, ne fais rien, surtout ne fais rien, c’est la clé du système, tu le sais…. observe, toi qui précipite toujours l’action sous stress.

Qu’est ce qui m’a permis à ce moment-là de me placer comme observateur ? Certainement la confiance que je faisais à mon système que j’apprivoise depuis des années, ainsi que la confiance que j’accorde à la vie. J’étais seul au coeur de la tempête, m’accrochant à une lanterne intérieure en me répétant en boucle : Tout est juste et parfais : Tu traverses une épreuve initiatique, tu es juste en train d’éprouver quelque chose, accueille-le, rien de grave…, etc….

L’objet de la tempête 

Ce qui a généré cette tempête !!! Une action de ma part, une intervention spontanée au coeur d’une co-animation, qui a été ressentie comme extrêmement violente par mon vis-à-vis. Elément que je ne peux que reconnaître, je l’ai bien vu….

Cette action m’était renvoyée comme très inadéquate et maltraitante au point d’avoir anéanti toute puissance d’action chez celui d’en face. Voilà qui avait de quoi me laisser pantelant et sans voix, par contre. On m’accusait à demi-mot d’user d’une “toute puissance” mortifère… cette vision n’engage que moi.

Wouah…. Dans tous les cas, c’était chaud bouillant. L’envie de hurler à la face de l’autre son inadéquation me démangeait furieusement …. non mais….. je n’allais quand même pas me laisser faire !!!!  Tout cela depuis ma place d’observateur, dans mon monologue intérieur, tout est juste et parfais… respire, etc….

Présent à ce qui se passait, j’ai rapidement observé mon système cognitif reprendre du poil de la bête, retrouver sa capacité de rebondir et d’analyser tout en jouant des castagnettes avec les dents…

A gentiment émergé l’idée que nous nous trouvions au coeur de la construction du moi social, dans ce moment de l’enfance où la “toute puissance” est nécessaire à la construction d’un futur Moi mature !…

Ok, donc ce qui est entrain d’apparaître et de se jouer, c’est bien la place que je tiens face à l’autre, dit ma tête entre deux vagues grandeur tsunami de frissons de froid et de chaud…

Et si ce quelqu’un porte en lui une faille dans sa construction identitaire, une béance non comblée, je peux bien comprendre que cela fut ressenti comme extrêmement violent et que la sensation vécue en face fut un abus d’autorité, ainsi que l’usage de ma part d’une “toute puissance”…

Retour au calme

J’observe que mon coeur tape moins, que ma nuque est un peu moins tendue, que je respire un peu mieux, je me fais la réflexion que je ne dois pas être loin de la “vérité”, en tout cas au niveau corporel, la tempête se calme.

Deuxième vague

On se quitte dans une ambiance un peu plus chaleureuse, on imagine une suite, on se fait l’accolade, bien le bonjour chez vous.

Arrivé dans mon véhicule, je me sens comme suspendu dans une grande confusion. Je ressens bien que cela ne va pas…. Rapidement un besoin pressant se fait sentir d’avoir un autre avis, car, bien que mon corps se soit un peu relaxé, la question de mon inadéquation reste en suspend.

La vie a fait que j’ai eu la chance dans cette tempête d’avoir un témoin direct, formé à l’analyse systémique. C’est cette personne que j’appelle, cela libère les grandes eaux…. Je lui déverse toute mon histoire entre deux hoquets, trois suspensions, ne pouvant plus parler… Depuis ma place d’observateur, je me dis … Ah… c’est cela la décharge dont parle LEVINE…. tu ne vas pas rester traumatisé par cette expérience, “là tu t’ébroues comme une gazelle”…. et effectivement la sensation d’être prise à la gorge se libère tranquillement, le calme s’installe gentiment et nous pouvons explorer la journée et ce qui s’y est joué. Echange de grande qualité qui a éclairé mon analyse et m’a permis de mieux  comprendre la douleur de l’autre….

Le temps de l’affirmation de sa pleine puissance

et non pas d’une “toute puissance” avec en prime un cadeau inestimable : Un nouveau pan de compréhension du fonctionnement atypique, dans l’espace social cette fois.

Ce qui s’est joué pour moi ? L’épreuve du feu : Se tenir droit dans la tempête sans entrer dans un jeu subtil lié au besoin de ma propre réassurance au vu de ma propre faille narcissique, qui immanquablement attirait des comportements de “toute puissance” en face de moi.

Je me suis battu longtemps contre moi. Cette faille identitaire me pourrissant la vie en m’empêchant de vivre pleinement mes compétences. J’y ai longtemps répondu par un effacement, de la somatisation, des pathologies en tout genre…. me laissant un goût amer en bouche et un réel questionnement quant à ma place.

Dans cette histoire…

Au coeur de la tempête, un calme serein et une vive douleur se sont côtoyés. Est-ce que vraiment j’avais été infâme ? Est-ce que vraiment j’avais pris la place de l’autre ? Finalement cette question restait pertinente et méritait que j’aille y voir… La conclusion fut : Non……

Les premiers rapports sociaux vécus le sont avec ses parents et ses frères et soeurs. Ma conclusion est que oui, j’ai bien pris de la place dans la vie de mon vis-à-vis, il y a bien longtemps de cela, mais certainement pas sa place, pas plus hier, qu’aujourd’hui, et que la blessure ressentie à ma venue puis dans l’utilisation de ma pleine puissance, ne m’appartient pas.

Je l’aime profondément.

Nanard, 27 sept.20

“Toute puissance “

Cette toute puissance chez l’enfant est essentielle à un moment où il ne peut de lui-même se sécuriser. C’est un outil dont il dispose pour alerter l’entourage de son besoin de sécurisation.

Faux self et tout puissance chez la personne à HP

Et la lumière fut !!! 

Ce qui accompagne le sentiment de “toute puissance” est toujours une impuissance à se sécuriser par soi-même, état naturel chez le petit enfant.

Les stratégies mises en place pour rester dans l’illusion d’une toute puissance sont multiples et aussi variées que les individus. L’univers des hauts potentiels est extrêmement sensible à la question.

La personne à HP questionne en permanence son environnement, elle y voit et/ou ressent toutes les incohérences et inadéquations, et de ce fait se sent souvent en grande insécurité.

Face à cette insécurité je pense que la voie royale pour survivre face à ces émotions est de développer des attitudes de “suradaptation” et/ ou “d’inadaptation”.

Par ce biais, l’illusion d’avoir maitrisé son impuissance est temporisée. Repos de courte durée car la perception de l’inadéquation reste, sensation qui va avoir besoin d’un nouveau paravent menant à une nouvelle stratégie, tel qu’un syndrome de perfection, ou d’imposteur, ou d’évitement etc…  L’extérieur prend une place prépondérante dans la vie de tous les jours.

Les besoins de l’autre, exprimés ou non, tout devient préventif, comment va agir l’autre, de quoi l’autre va avoir besoin, etc…avec en sous-fond, ce nid de la “toute puissance” non résolue, moment où l’enfant par son action amenait le monde à lui. ….

Cela mène inexorablement dans des jeux de pouvoir et des combats sans fin, ou finalement même la perfection n’arrive pas à combler le besoin d’être reconnu. Au contraire cela creuse toujours plus la fragilité identitaire, avec souvent un fort sentiment d’imposture.

“Avec tous les efforts consentis, toutes les concessions faites pour être aimé, reconnu, si cela ne suffit pas, c’est que je ne vaux vraiment rien.” se dit la personne à HP

La boucle est bouclée et le noeud ne peut que se resserrer autour du cou du condamné… à errer dans un monde hostile où le combat est permanent….

Trêve de plaisanterie, rien n’est joué à ce stade, tout est toujours possible avec un brin de curiosité et d’humour.

Je pense vraiment que toute une partie des difficultés rencontrées par les personnes à HP dans leurs rapports sociaux est liée à des manques dans leur développement à quelque niveau que cela soit…

Car je le rappelle, posséder un câblage HP n’est pas une pathologie….

Par contre, selon les tempéraments, cela accentue les risques de fragilité dans la construction identitaire, tel que l’intégration de l’état de “Toute puissance” à s’ouvrir à sa “pleine puissance”