L’agriculture de conservation pour redonner vie et fertilité dans les régions sub-sahariennes : L’action de Jéthro

L’agriculture de conservation ou dite du “carbone”.

Définition

« L’agriculture de conservation intègre les systèmes culturaux appliqués aux grandes cultures et aux cultures fourragères avec gestion du bétail. Il s’agit d’une approche qui s’applique à l’exploitation agricole toute entière et qui vise à utiliser au mieux les ressources naturelles et ses prestations en faveur de l’écosystème. »

(Revue UFA du 6.2020)

En Afrique subsaharienne,

si on veut restaurer la fertilité du sahel, l’approche est assez différente : On part de situations où les animaux (bovins, chèvres et moutons) sont en libre pâture et détruisent gravement le couvert végétal et la biodiversité.

Les petits arbres sont systématiquement broutés en saison sèche par des animaux affamés en mode «survie». Les plus gros arbres sont abattus pour la cuisson des aliments. En l’absence de couvert végétal, l’érosion se met en marche :

  • Par l’eau qui coule sur le sol lors des pluies diluviennes : plus de porosité des sols.
  • Par le vent qui lève la poussière en saison sèche provoquant l’érosion éolienne.

Diguettes : cordons pierreux qui suivent les courbes de niveaux du terrain et retiennent l’eau sur les champs cultivés

La technique agricole de la demi-lune retient l’eau sur le terrain lorsqu’il pleut.             Source photo : agrintalk.com

Les mesures doivent se déployer sur 3 niveaux :

  1. Faire des réserves de fourrage pour les animaux en saison sèche.

Les garder à la ferme afin qu’ils ne détruisent pas les petits arbres et que l’on puisse récolter le fumier pour fertiliser les champs.

  1. Aménager les champs avec des diguettes anti-érosives évitant que l’eau ravage les champs.

Pratiquer le zaï, petites cuvettes dans lesquelles on met le fumier et les graines afin que l’eau soit stabilisée dans ces trous gardant l’humidité.

Les demi-lunes récoltant l’eau dans le sens de la pente.

La technique du zaï consiste à creuser des trous en quinconce où les graines seront semées afin de concentrer l’eau et la fumure.
Source photo : Alina | flickr.com

La grande muraille verte, projet de lutte conte la désertification en Afrique

  1. Planter des haies pour garder l’humidité et protéger les cultures

Pratiquer l’agroforesterie en favorisant la régénération naturelle assistée.

Souvent les souches d’arbres encore vivantes essayent de subsister sous forme de buissons. Permettre à ces buissons de redevenir des arbres en coupant les branches secondaires (gourmandes). 40 arbres par hectare protègent les cultures des violentes chaleurs du soleil. La chute des feuilles apporte de l’humus.

Toutes ces méthodes de régénération de l’agriculture, de l’environnement et de la biodiversité sont praticables dans les zones très arides ou il y a moins de 600 mm de précipitations par an. Pratiquées à large échelle, elles peuvent redonner la fertilité à de vastes régions du sahel.

L’ONG Jéthro

fait partie de la Fédération Neuchâteloise de coopération Latitude 21 et  d’Interaction (Vaud) qui supervisent la qualité de nos projets et les subventionnent partiellement, mais une bonne partie de nos fonds proviennent de modestes donateurs privés qui sont souvent des gens proches des métiers de la terre, sensibles à l’environnement.

Une importante partie du travail en Suisse se fait par des bénévoles afin qu’une proportion maximale des dons puissent servir sur le terrain.

Jéthro c’est

– Un centre de formation agricole à Benda-Toéga

Trois banques de céréales (Benda-Toéga, Bidougou, Zanghogo)

4 centres de saillies (Benda-Toéga, Bidougou, Zanghogo et Tiébelé)

 – un journal ….

et surtout une histoire humaine née d’un cœur-à-cœur entre paysans du Sud et du Nord

Témoignage

Un retour de nos formations – Boureima et Salif Ouédraogo

Boureima et Salif nous viennent de Oula, un département situé dans la province du Yatenga au nord du Burkina-Faso. Ce département compte 61 villages et une population estimée à 45.129 habitants. Oula bénéficie d’un climat désertique et il tombe environ 599 mm d’eau par an. C’est dans ce contexte très difficile que deux vaillants jeunes ont pris la décision de faire de l’agriculture/élevage leur activité majeure. Boureima (en noir) a 19 ans et Salif (en rouge) a 25 ans ; ils sont tous les deux issus d’une famille musulmane.

Leur témoignage

Nous avons repoussé l’idée de tenter notre chance dans les sites aurifères comme la plupart de nos amis. Certains ont certes gagné de l’argent, mais se sont vite retrouvés dans la misère par faute de gestion. D’autres sont revenus avec de graves blessures ou maladies et plusieurs ont perdu la vie à cause de l’écroulement des trous.

Par l’intermédiaire du président Jéthro de notre village, nous avons été retenus en 2018 pour les cours avancés au Centre de Formation Agricole. A travers cette formation, notre attention se portait sur les modules traitant de l’agriculture et de l’élevage, mais par la suite, nous nous sommes rendu compte que tous les modules étaient vraiment une richesse pour les participants.

De retour au village après la formation, nous nous sommes vite mis au travail. La première des choses que nous avons entreprise avec l’autorisation des parents, est d’avoir retiré le troupeau de la famille, qui était confié aux Peuls (Ethnie d’éleveurs au Burkina) pour en prendre soin et mettre en application les enseignements reçus.

Les animaux étant regroupés dans un parc près des habitations, nous pouvons ramasser des quantités de bouse pour remplir rapidement les quatre fosses et procéder au compostage.

Le Zaï et les demi-lunes sont les techniques adaptées à notre sol. Lors de la saison 2018, avec l’apport du fumier sur quatre hectares, nous avons eu un rendement de 65 sacs de sorgho blanc soit 6500 kg de vivres, sans compter le rendement de l’arachide et du haricot.

Nous sommes devenus la fierté de nos parents et un bon modèle dans le village. Beaucoup de jeunes reviennent au village pour recevoir des conseils, ils expriment leur désir de recevoir aussi la formation pour aussi se donner entièrement à la terre.

Nous pouvons dire que, malgré l’insuffisance de pluie à Oula, si l’on reçoit une bonne formation et qu’on applique les techniques, le résultat est plus que satisfaisant.

Nos remerciements à Jéthro-Burkina et à tous les donateurs qui facilitent la tenue chaque année des cours avancés. Le secteur agricole est une source de revenu durable pour quiconque bannit la paresse et se met sérieusement au travail. Nous avons acheté un tricycle (moto-transporteur) pour le transport du fumier et d’autres usages. Nous sommes heureux.

Article réalisé par : Claude-Eric Robert

Pour en savoir plus :  Jethro